Giuseppe Bettoni, professeur de sciences politiques et de géographie à l’université Tor Vergata de Rome, éclaire la gouvernance des sols en Europe à travers le prisme des antagonismes territoriaux et une comparaison franco-italienne.
Giuseppe Bettoni est professeur de sciences politiques et de géographie à l’université Tor Vergata de Rome. Il a enseigné à l’université Cattaneo en Italie, à la London School of Economics, University College of London, puis à Paris 8. Un entretien sur la gouvernance des sols, les conflits d’usage et les comparaisons franco-italiennes. La gouvernance actuelle a fait l’abstraction des sols La gouvernance actuelle a considéré les sols uniquement comme une…
Giuseppe Bettoni est professeur de sciences politiques et de géographie à l’université Tor Vergata de Rome. Il a enseigné à l’université Cattaneo en Italie, à la London School of Economics, University College of London, puis à Paris 8. Un entretien sur la gouvernance des sols, les conflits d’usage et les comparaisons franco-italiennes.
La gouvernance actuelle a fait l’abstraction des sols
La gouvernance actuelle a considéré les sols uniquement comme une surface, sans penser à ce qu’il y a en dessous. C’est un grand conflit qui émerge : le destin des territoires et leur évolution interroge. Les acteurs publics à différentes échelles — État, Région, commune — n’ont pas la même vision des choses. La question de la gouvernance est donc très complexe, ces acteurs coexistent à toutes les échelles.
Le modèle italien : la prédominance du privé
En Italie, l’acteur public est rarement à l’initiative d’un grand dessein urbanistique. Rome fait onze fois la taille de Paris pour 2,8 millions d’habitants. Le dernier plan régulateur de grand niveau remonte aux années 1960. Ce sont les acteurs privés — les « palazzinaro » — qui sont en grande partie à l’origine de l’évolution du territoire.
Malgré l’existence d’un outil comme l’ISPRA (suivi très précis de la consommation foncière), il n’y a en Italie aucune tentative de limitation de l’artificialisation. Un projet de loi déposé en 2012 est resté lettre morte.
La question de la définition juridique
À partir du moment où vous définissez le sol comme bien commun fondamental pour l’ensemble de la communauté nationale, là on aurait un moyen pour intervenir malgré toutes les contraintes existantes. En France, le SRADDET peut prêter à rire pour un Italien, mais le résultat est là : la France a le mérite d’avoir imposé ces cadres.
Le ZAN n’est pas acquis, mais irréversible
Le ZAN n’est pas acquis, mais en réalité je ne crois pas qu’on puisse revenir en arrière. N’importe quel décideur politique aujourd’hui ne peut pas vraiment être sourd aux enjeux écologiques. Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui avait menacé de ne pas appliquer le ZAN, a depuis renoncé à cette position.
Entretien réalisé par Louise Eymard. Illustration : Paysage Italien, Hendrik Voogd.