Harold Levrel, économiste écologique à AgroParisTech et co-auteur de « L’économie face à la nature », explore la transdisciplinarité, l’économie écologique et les outils pour intégrer les sols dans la comptabilité économique.
Harold Levrel est professeur à AgroParisTech, économiste écologique au sein du CIRED. Co-auteur de L’économie face à la nature — De la prédation à la coévolution (Les Petits matins, 2023). Un entretien sur la transdisciplinarité pour aborder la transition, l’économie écologique et la prise en compte des sols dans la comptabilité. La transdisciplinarité, clé de la transition En économie, la transdisciplinarité permet d’obtenir une vision plus riche, plus adaptée au…
Harold Levrel est professeur à AgroParisTech, économiste écologique au sein du CIRED. Co-auteur de L’économie face à la nature — De la prédation à la coévolution (Les Petits matins, 2023). Un entretien sur la transdisciplinarité pour aborder la transition, l’économie écologique et la prise en compte des sols dans la comptabilité.
La transdisciplinarité, clé de la transition
En économie, la transdisciplinarité permet d’obtenir une vision plus riche, plus adaptée au contexte et à l’histoire des territoires. Si on pense la transition uniquement en termes techniques, ça ne marchera pas. Prenons l’exemple de l’agriculture : il faut prendre en compte les organisations (syndicats, chambres d’agriculture, conseillers agricoles), le domaine juridique (les règles de la PAC récompensent encore le regroupement) et les systèmes de valeur.
La spécificité de l’économie écologique
L’économie de l’environnement standard manque une partie du sujet, parce qu’elle ne veut pas renouveler son outillage intellectuel. En raisonnant toujours en termes d’externalités, on reste sur une vision entièrement anthropocentrique. L’économie écologique prend en compte un ensemble de connaissances en écologie scientifique, sur les limites dans lesquelles le système économique doit être ré-encastré.
Prendre en compte les sols dans la comptabilité
Dans le domaine de l’aménagement, on peut s’appuyer sur des normes qui contraignent le secteur, comme le ZAN, le principe d’absence de perte nette de biodiversité. Mais la loi biodiversité de 2016 n’est pas encore respectée : les dérogations au titre des espèces menacées sont obtenues sans qu’il y ait d’équivalences réelles.
Dans le monde agricole, les sols agricoles ne fonctionnent plus pour produire les bases de la chaîne alimentaire. On observe un effondrement des oiseaux des milieux agricoles (36 % d’individus en moins entre 1989 et 2021).
Des outils plus plastiques pour les sols
Les modèles que nous utilisons en économie écologique sont très plastiques : systèmes multi-agents, représentation des stratégies individuelles, prise en compte de l’histoire et des spécificités culturelles. La notion de ressource commune est importante : à l’échelle locale, les acteurs ont beaucoup plus le sentiment d’avoir une ressource commune qu’ils partagent et vis à vis de laquelle ils ont une certaine responsabilité.
Entretien réalisé par Louise Eymard et Zoé Raimbault. Illustrations : Pastels à l’huile — Marianne Tricot.