Marc André Selosse, professeur au MNHN et président de la fédération BioGée, microbiologiste spécialisé dans les champignons des sols, partage sa vision des sols comme écosystème vivant, de la biodiversité souterraine et des mycorhizes.
Marc André Selosse est professeur au Muséum national d’histoire naturelle et président de la fédération BioGée. Microbiologiste spécialisé dans les champignons des sols, auteur de L’origine du monde. Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (Acte Sud, 2021). La grande leçon des quarante dernières années Tout est lié. Parler du sol c’est une manière abstraite de séparer une partie de l’écosystème terrestre du reste. On…
Marc André Selosse est professeur au Muséum national d’histoire naturelle et président de la fédération BioGée. Microbiologiste spécialisé dans les champignons des sols, auteur de L’origine du monde. Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (Acte Sud, 2021).
La grande leçon des quarante dernières années
Tout est lié. Parler du sol c’est une manière abstraite de séparer une partie de l’écosystème terrestre du reste. On cherche à séparer la santé humaine de l’atmosphère du fonctionnement des sols, alors que tout n’est que liens. On est bel et bien à l’aube de la sixième extinction, mais si on fait les choses différemment, on peut encore redresser la vie des sols.
Les mycorhizes : un service del sol sous-estimé
Les plantes délèguent historiquement un champignon pour aller chercher les ressources du sol, en échange de sucre. Quand on met des engrais, la plante nourrie en abondance n’a plus besoin des champignons — qui pourtant la protègent de manière systémique contre les maladies. On a mis les plantes sous perfusion, plutôt que de laisser au sol la possibilité de jouer son rôle millénaire.
Formation et représentations : les chantiers urgents
Dans les formations initiales, les sols ne sont pas envisagés sous l’angle biologique, écosystémique, mais sous un angle purement agricole. Dans le secondaire il y a à peine une heure de sciences naturelles, puis plus rien dans le tronc commun. Ce lien de dépendance vis-à-vis des écosystèmes n’est pas enseigné. C’est gravissime.
Sur la compensation et les limites du ZAN
Dans le domaine des produits de l’évolution culturelle, nous n’imaginons pas compenser Versailles. Dans le domaine écologique, nous avons voté la compensation parce que nous n’avons pas compris que beaucoup de choses sont incompensables. On peut très bien recouvrir des zones bitumées par des ouvertures en ville, mais on ne peut jamais refaire à grande échelle des sols fertiles pour l’alimentation de l’humanité.
Le rythme d’artificialisation français progresse trois fois plus rapidement que la démographie. Les Safer nous disent que l’artificialisation depuis les années 1970 représente 10 % de la surface agricole utile — mais comme les villes progressent dans les zones fertiles, c’est beaucoup plus que 10 % de la production qu’on a perdu.
Entretien réalisé par Louise Eymard et Jean Guiony. Illustrations : Série Holobiomes — Arthur Donald-Bouillé.