On parle beaucoup du modèle économique de l’aménagement et du renouvellement urbain, de la sobriété foncière. Or, parler du modèle économique de l’aménagement, c’est parler d’un stade où la décision de produire, donc souvent d’artificialiser, a déjà été prise. Si aujourd’hui, c’est la viabilité des modèles économiques qui pousse en ce sens, peut-on envisager une viabilité économique de l’inaction ? Autrement dit, de la préservation des Enaf ?
Les Enaf jouent de nombreux rôles aux niveaux national et local. Leur préservation est ainsi cruciale pour endiguer l’effondrement de la biodiversité, contribuer au cycle de l’eau, permettre une production alimentaire suffisante et durable, stocker du carbone et d’autres services écosystémiques qu’ils rendent, tels que le bien-être humain ou les ressources médicales. Il existe en France plusieurs statuts de protection des Enaf ; cependant, ces protections juridiques ne sont pas toujours suffisantes pour les préserver efficacement de l’urbanisation, notamment face aux incitations économiques contraires.
Notre modèle d’aménagement actuel, en ne donnant aucune valeur intrinsèque aux services écosystémiques et en ne prenant pas en compte les externalités négatives de l’artificialisation des sols, n’incite pas au maintien en bon état des espaces naturels, agricoles et forestiers. Il faut donc développer des modèles qui encouragent et financent leur préservation, notamment en les soustrayant au marché foncier. Pour cela, il est intéressant de s’intéresser à la notion de « communs » appliquée aux sols. Dans ce cadre, aménager son territoire, c’est aussi ne pas aménager, ne pas construire.
Cette étude, c’est sortir de la question du modèle économique de l’aménagement, pour entrer dans la question du modèle économique de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de la valeur écologique, patrimoniale, en termes de qualité de vie, qu’ils procurent. Notre proposition : étudier les modèles économiques existants qui incitent à des stratégies de portage foncier dans une visée de préservation des sols vivants.